L’accompagnement des professionnels dans un contexte de refus de soins

Éthique
Écrit par Patrick Deroy, criminologue

Dans le contexte de l’accompagnement et de la prestation de soins et de services, le refus de soins demeure un enjeu quotidien pour les intervenants et les professionnels. S’il est difficile pour eux de rencontrer et de conjuguer avec ce phénomène, il l’est tout autant pour les personnes qui ont la responsabilité de les supporter et de les accompagner.

Tout d’abord, il faut être clair à savoir que le refus de soins n’est fondamentalement pas une action mal intentionnée ayant pour seul objectif de mettre en échec les interventions. Il s’agit plutôt d’un droit de notamment consentir à un soin de manière libre et éclairée, le tout à l’intérieur des dispositions légales en place qui peuvent apporter certaines contraintes et obligations supplémentaires1. Par exemple, une personne peut refuser de collaborer à certaines modalités d’intervention, mais tout en collaborant de manière générale et satisfaisante à son suivi de probation ordonné dans le cadre d’une peine. Dans le cas contraire, un refus peut à différent niveau conduire à des impacts et des conséquences. De plus, il faut toujours garder à l’esprit que le consentement est une notion
dynamique qui peut changer à tout moment.

L’intervenant et le professionnel traitant visent généralement par leurs valeurs à fournir un accompagnement empathique, bienveillant et bienfaisant aux personnes. Toutefois, les criminologues, entre autres, accompagnent parfois ou même fréquemment des clientèles non volontaires à l’endroit de qui le refus de consentir à un service ou de se conformer à une condition peut apporter la mise en place d’autres actions. Il est possible alors que l’intervenant entretienne le sentiment de n’être présent dans la vie de la personne que dans un cadre de surveillance et de contrôle et non pas de réadaptation et de réhabilitation. Entretenir cette croyance en la capacité de changement de la personne peut être un défi de taille. L’alliance thérapeutique optimale avec une personne comporte généralement un accord sur les objectifs et les moyens afin de se diriger vers ceux-ci. Le fait d’être en refus de soins peut amener le professionnel à croire ou à constater un déni de cet objectif initial. Cela peut fragiliser grandement l’alliance entre le professionnel et la personne qui l’accompagne. Le premier qui perd confiance en la volonté de changement de l’autre et le second qui ressent parfois la déception ou l’insatisfaction que son choix occasionne.

Cela nous ramène invariablement au besoin pour l’intervenant d’avoir une ou des personnes vers qui se tourner. C’est un travail au long court de trouver l’équilibre fragile entre le soutien clinique et la valorisation de l’autonomie professionnelle face à des situations qui peuvent sembler frustrantes.

D’abord, il apparait fort pertinent que l’intervenant qui vit un dilemme puisse être soutenu pendant qu’il y fait face. Le soutien clinique prend alors tout son sens pour l’individu, mais aussi pour son équipe de travail. La personne qui occupe ce rôle à la responsabilité de rechercher et de soutenir les meilleures pratiques. Le soutien clinique peut alors apporter un nouvel éclairage ou du sens à une situation qui, croit-on, en est dénuée, lorsque nous faisons face à un refus ou une résistance face à une intervention que l’on croit prometteuse. Il peut être fort utile et enrichissant qu’en plus des discussions cliniques auxquelles nous sommes davantage habitués, la personne en soutien assure un sens à plus long terme à nos prises de position dans nos pratiques. Conserver vivant l’historique de nos pratiques est essentiel afin de rechercher sans cesse des alternatives innovantes ou savoir à quel moment faire appel à des partenaires pour trouver la meilleure réponse face à une situation de non-volontariat d’un usager.

Ensuite, une seconde approche permet un développement plus pérenne pour les intervenants et leurs services. La valorisation de l’autonomie professionnelle et le fait de se voir offrir des paramètres pour que chacun se développe d’un point de vue personnel et professionnel sont incontournables. Les personnes qui occupent un rôle de soutien clinique n’ont alors pas à s’installer dans un positionnement d’expert. Face à une situation où l’intervenant se trouve démuni en lien avec un usager qui refuse ses interventions, le meilleur dénouement est parfois une plus grande autodétermination pour le professionnel. Dans le respect des droits des personnes et des règles légales, il doit reprendre confiance, faire autrement, continuer de s’instruire, explorer d’autres approches et avoir le sentiment d’être épaulé par son organisation. Le simple fait de lui libérer parfois le temps et l’espace afin qu’il participe à des codéveloppements, des communautés de pratiques, des formations et qu’il se tienne informer sur les nouvelles publications, ouvrages et pratiques innovantes peut être suffisant pour insuffler ce désir d’autonomie, de développement continu et de reprise de pouvoir dans sa pratique.

Finalement, le tout doit permettre à l’intervenant de distinguer ses valeurs personnelles de ses valeurs professionnelles. Son accompagnement et sa position face à la personne en refus de soins n’en sauront plus juste, équilibrés et sensibles aux causes parfois sous-jacentes de ce refus. D’un point de vue légal, des contraintes continueront d’exister et de moduler certaines situations, mais dans d’autres, le professionnel aura, le souhaite-t-on, trouvé un équilibre dans lequel il pourra continuer d’évoluer et de rechercher des solutions et des alternatives avec son client pour atteindre les objectifs dans leur plan d’intervention par exemple.

C’est lorsque nous sentons que nous sommes soutenus par nos collègues et notre organisation que notre obligation de moyens et non de résultats prend tout son sens.


1 Code civil du Québec, articles 10 et 11