Portrait d’une criminologue : Catherine Rossi

Portrait
Écrit par Claudie Rémillard, B. Sc., criminologue - Plaidoyer Victimes

De la France au Québec, du droit à la criminologie, le parcours de Catherine Rossi est marqué par une constante : un profond désir de comprendre, de transmettre et de contribuer. Curieuse et ouverte aux opportunités, elle a été profondément influencée par des personnes clés, hommes et femmes qu’elle considère comme celles et ceux qui…

De la France au Québec, du droit à la criminologie, le parcours de Catherine Rossi est marqué par une constante : un profond désir de comprendre, de transmettre et de contribuer. Curieuse et ouverte aux opportunités, elle a été profondément influencée par des personnes clés, hommes et femmes qu’elle considère comme celles et ceux qui lui ont tout appris, tant dans ses choix professionnels que scolaires. Ces rencontres, en résonance avec son intérêt pour des enjeux souvent invisibilisés, ont orienté sa trajectoire singulière, façonnée par des expériences, des apprentissages et des perspectives diversifiées.

C’est en 2008, après plusieurs années de recherche et d’engagement académique, que Mme Rossi obtient son doctorat en criminologie à l’École de criminologie de l’Université de Montréal. D’origine française, ayant grandi à l’Ile de la Réunion dans l’Océan Indien, elle étudiait alors en droit lorsqu’elle arrive au Québec pour un stage de quelques mois au début des années 2000. Elle ne savait pas encore que ce court séjour allait marquer un tournant décisif dans sa vie. « Je n’ai jamais été aussi certaine de quelque chose », confie-t-elle, portant toujours en elle cette conviction qui ne l’a jamais quittée. Elle a tout de suite été charmée, tant par le Québec que par la criminologie, et ce, qui devait être un séjour temporaire l’a finalement menée à s’y établir de façon permanente, amorçant dès lors une propédeutique à la maîtrise en criminologie. Elle compte d’ailleurs parmi les premières cohortes françaises à avoir pu étudier la criminologie à l’Université de Montréal – une opportunité déterminante qu’elle considère encore aujourd’hui comme un véritable privilège.

En parallèle de ses études en criminologie, elle poursuit également celles en droit, obtenant ses deux doctorats, une double réussite qui témoigne de sa détermination et de sa passion pour l’apprentissage.

Dans la continuité de son parcours universitaire, Mme Rossi entame sa carrière professionnelle avec un engagement égal à celui démontré durant ses études. Rapidement, et alors qu’elle était toujours étudiante, elle cumule plusieurs rôles, partageant son temps entre l’enseignement, la recherche et la contribution au développement du milieu communautaire. Elle commence comme chargée de cours à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, tout en collaborant à des projets de recherche à titre d’assistante de recherche. Elle enseigne également au certificat en criminologie à la Faculté de l’éducation permanente. À cela s’ajoute un engagement au sein du Regroupement des organismes de justice alternative au Québec (qui deviendra plus tard le réseau Équijustice), où elle agit à titre de chargée de programmes, tandis qu’elle maintient un bénévolat actif auprès de l’Association québécoise Plaidoyer-Victimes (AQPV), au Centre de service de justice réparatrice du Québec (CSJR), et à l’Association des Familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD). Une période riche, marquée par une volonté claire : faire vivre la criminologie dans toutes ses dimensions.

Aujourd’hui, Catherine Rossi poursuit son parcours avec la même rigueur intellectuelle et le même désir de contribution sociale. Elle est professeure titulaire à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval, où elle forme la relève tout en menant des travaux de recherche. Elle est la directrice de l’équipe de recherche FRQSC « Vi-J » (Violence-Justice) et est chercheure régulière au sein du RAIV (Recherches appliquées et interdisciplinaires sur les violences intimes, familiales et structurelles), centre de recherche dont elle prendra la direction par intérim dès juin.

Son implication dépasse également le cadre universitaire : présidente du conseil d’administration de Viol-Secours (CALACS de la Capitale-Nationale), ambassadrice du réseau Équijustice et membre de l’Ordre professionnel des criminologues du Québec, elle contribue activement au développement de la discipline, tout en soutenant les milieux qui la font évoluer.

Par les livres et articles qu’elle a écrits, les événements qu’elle a organisés, les recherches qu’elle dirige, y compris pour le ministère de la Justice du Québec, ou les prix qu’elle a reçus, elle tente de démontrer son engagement pour une harmonisation des programmes judiciaires et sociaux au Québec. Mme Rossi se distingue par une approche dans laquelle elle privilégie l’exploration des perspectives paraissant contradictoires pour mieux comprendre la complexité des enjeux qu’elle perçoit sur le terrain. Cette démarche l’amène à voir au-delà des évidences et à considérer la criminologie comme une discipline en perpétuelle évolution.

Ce qui la fascine, c’est d’explorer les questions fondamentales sur les rapports entre la société et la justice. Qu’est-ce qui fait que certaines personnes n’hésitent pas à dénoncer les crimes qu’ils subissent à la justice, tandis que d’autres préfèrent gérer autrement les situations qui les touchent, ou n’ont pas le choix que de rester dans l’ombre ? Comment, collectivement, déterminons-nous qui accède plus facilement aux institutions, qui obtient de la visibilité, et selon quels critères ? Pourquoi certaines catégories de personnes, telles les victimes des crimes les plus graves comme l’homicide ou l’agression sexuelle, ont tant de mal
à être comprises et soutenues dans ce qu’elles vivent, et continuent à être souvent blâmées pour leurs comportements ? Ces réflexions sont au cœur de sa démarche et elle est convaincue de la nécessité de reconnaître l’influence de nos propres valeurs sur nos actions, nos interprétations et les conclusions que nous en tirons.

La victimologie, en particulier, est une discipline qui a profondément transformé sa façon de concevoir ces dynamiques. Ce qui retient particulièrement son attention est l’expérience structurelle de la victimisation : comment, à partir d’un événement profondément intime, se déploie une série de mécanismes sociaux, institutionnels ou systémiques qui finissent presque toujours par échapper à la personne concernée. Elle s’attarde sur les décalages entre les attentes exprimées et les réponses proposées — qu’elles soient juridiques, administratives ou sociales — ainsi qu’entre les préjudices vécus et les droits reconnus.

Passionnée autant par la recherche que par l’enseignement, par le monde académique comme l’engagement social, Catherine Rossi n’a jamais envisagé d’autre voie que la carrière universitaire. Marquée par la phénoménologie et par les principes rencontrés en justice réparatrice et en victimologie, elle privilégie une posture d’écoute attentive, y compris en recherche : accueillir d’abord le récit tel que vécu et formulé par la personne concernée, avant de chercher à l’interpréter ou à en proposer une lecture. C’est cette méthode de travail, sensible et rigoureuse, qui guide sa pratique et nourrit sa réflexion.

Elle prône une approche dynamique et collaborative de la discipline. Pour Catherine Rossi, la criminologie ne peut prospérer que par le travail en partenariat, où chercheurs, professionnels et communautés collaborent activement. C’est cette approche inclusive qui lui permet de voir les enjeux sous différents angles, qu’il s’agisse des personnes victimes, des auteurs d’infractions ou des populations marginalisées. En prenant le temps d’observer et de comprendre les réalités de chacun, elle défend l’idée qu’une seule approche ne suffit pas pour appréhender la complexité des situations humaines. Mme Rossi illustre ainsi une vision de la criminologie où les frontières entre recherche et pratique sont fluides, et où l’ouverture d’esprit et la curiosité intellectuelle sont des éléments essentiels pour aborder la justice sous toutes ses formes.

Après avoir porté de nombreux projets, Catherine Rossi aborde la suite de sa carrière avec le désir d’accompagner et guider la relève, particulièrement ses doctorants, à tracer leur propre voie. Ainsi, à celles et ceux qui s’engagent aujourd’hui en criminologie, elle rappelle avec justesse que lire, surtout ce qui vient du passé, c’est aussi comprendre le présent. Car tout ce que nous faisons aujourd’hui s’inscrit dans une continuité, dans une réaction à un contexte donné. « On milite beaucoup, mais nos enseignements sont déjà dans l’histoire », rappelle-t-elle. Comprendre les origines, revenir aux fondements, c’est selon elle une clé essentielle. Une manière de préserver cette mémoire collective, car, dit-elle, « c’est quand on perd la mémoire qu’on se perd soi-même ».